EPV Nouvelle Aquitaine

Commande publique, Art et Entreprises du Patrimoine Vivant

« Il faut faire passer l’idée que la commande publique peut accompagner les Entreprises du Patrimoine Vivant ». Ainsi s’exprimait le président de la région Nouvelle-Aquitaine, le 15 mars 2018 à La Rochefoucauld, lors d’une journée dédiée aux savoir-faire d’excellence. Il donnait l'exemple d'une commande faite aux Ateliers d'Aubusson et évoquait le Béarn, suggérant de "dés-IKEA-iser" la fabrication de meubles pour soutenir l’artisanat régional et la filière bois.

On sait combien cette volonté de soutenir l’économie locale doit composer avec les règles de mise en concurrence imposées par le code des marchés publics. Et à quel point il est difficile d'y répondre lorsque ces règles conduisent les collectivités publiques à acheter leur mobilier à des grossistes, qui s'approvisionnent au mieux en France mais bien souvent à l'étranger, pendant qu'Hagetmau, ex-capitale française de la chaise fait faillite. suite...

 

 

Kabakov, La maison aux personnages, Bordeaux (ph. Alain Chiaradia, un pour cent)

La Maison aux personnages

La Maison aux personnages aura dix ans le dix octobre prochain.

Il est encore tôt pour parler d’œuvre d’art mais on peut y songer.

En attendant, aller la voir ou la revoir. S’approcher. Prendre garde aux tramways qui traversent le jardin. Marcher jusqu’aux fenêtres et oser s’y coller, pour voir ce qu’il y a à l’intérieur. Ses sept locataires sont absents. On découvre comment ils y passent leur temps : en ne jetant jamais rien, en étant fasciné par les forces cosmiques, en réactualisant un souvenir d’enfance, en revêtant des ailes d’ange pour se perfectionner, en projetant des photos souvenirs pour s’endormir, en vivant dans une barque ou en grimpant au paradis, sous le plafond.

Les artistes Ilya et Emilia Kabakov ont conçu La Maison aux personnages comme un petit musée dans l’espace urbain bordelais, sur un carrefour entre le quartier Saint Augustin et l’Hôpital Pellegrin. Un livre ouvert dans lequel chacun peut puiser les éléments d’une réflexion sur la condition humaine.

C’est folie de l’avoir construite. De ces folies qui font hésiter les politiques, tiquer les comptables et cauchemarder les conservateurs. L’acte manqué d’une ville qui fut un temps Capitale de l’art contemporain. De ces folies aussi qui font place au poétique, à tout moment et en tout lieu, comme un joli signe d’espoir.

 

l’adresse : place Amélie Raba-Léon, Bordeaux

Monument to the City of Bordeaux / La Maison aux personnages

 

 

Action coeur de ville, un pour cent, Bordeaux

Action cœur de ville

À l’occasion de la rencontre nationale "Innovations urbaines en cœur de ville" qui s’est tenue le 19 mars à la Cité de l’architecture et du patrimoine, le ministre de la Culture a dit son ambition que 100% des 222 villes du programme Action cœur de ville bénéficient d’un accompagnement par la Drac (Direction régionale des affaires culturelles), via notamment les leviers que sont le dispositif Site Patrimonial Remarquable (SPR), le label Ville et Pays d’art et d’histoire (VPAH), la commande publique, l’EAC… (cf : Action cœur de ville : un ambitieux volet culturel).

La commande publique, dont l'objectif est de "contribuer à l’enrichissement du patrimoine national et du cadre de vie" en soutenant la création contemporaine, devrait susciter un regain d’attention. Elle a en effet montré sa capacité à accompagner les politiques publiques, qu’elles concernent la rénovation urbaine, la construction des grands équipements, la restauration du patrimoine, le développement rural, le marketing territorial, le tourisme, le social, le soutien à l’économie et aux métiers d’art... en faisant place à l’imagination, à l’expérimentation, à la complexité et à l’innovation. À suivre.

 

 

Suzanne Lafont, un pour cent, Bordeaux

Suzanne Lafont

L’exposition Nouvelles espèces de compagnie. Roman, présentée au Musée des Beaux-arts de Bordeaux (9 novembre 2018 – 8 avril 2019), dévoile une série photographique consacrée aux "mauvaises herbes" de la Métropole bordelaise, entre relevé botanique et vision artistique d’un règne végétal déréglé par l’homme.

Réalisée dans le cadre de la commande publique, elle traduit la volonté de replacer les artistes au cœur des processus de fabrication de la ville : "ils sont de précieux influenceurs qui accélèrent la prise de conscience citoyenne sur les défis écologiques à relever" (Philippe Richard, directeur du jardin botanique de Bordeaux). À la croisée des réflexions ville/nature, Suzanne Lafont interroge les rapports que nous entretenons avec le vivant, la notion de plante adventice et les enjeux de l’urbanisation.

 

 

Lascaux IV, un pour cent

Lascaux IV : Jean Nouvel avait raison

Dans son projet pour Lascaux IV, le Centre international de l'art pariétal de Montignac, l'architecte Jean Nouvel exprimait son angoisse face au miracle de la conservation millénaire des peintures de Lascaux (Jean Nouvel). Il se demandait si nous saurions « éterniser ce chef d'œuvre de l'humanité naissante », en expliquant qu'il fallait se confronter à la fragilité, à l'effacement, à la possible disparition pour concevoir un lieu qui donne conscience au visiteur d'appartenir au site de Lascaux, à sa géologie, à son biotope et dans le même temps, lui permette d'accéder à « une grotte clonée du XXIe siècle » qui pour être crédible, devrait être « l'œuvre d'un faussaire génial ». suite...

 

 

 

Clémence Van Lunen, fontaine, un pour cent, Bordeaux

Clémence Van Lunen

Une nouvelle œuvre de la commande publique inaugurée à Bordeaux le 13 septembre 2018 : Les Fontaines de Bacalan, de l’artiste Clémence Van Lunen.

L’occasion de rappeler que la commande publique du ministère de la Culture accompagne depuis longtemps l’aménagement des espaces publics et du cadre de vie. Elle permet aux villes et aux territoires d’inscrire leurs patrimoines dans un processus de réinvention permanente. Elle leur permet aussi d’intervenir dans le champ culturel, en soutenant la création contemporaine et l’éducation artistique.

Que Les fontaines soient une figure récurrente de la commande publique, qu’elles s’inscrivent dans un ambitieux programme de commande artistique, qu’elles permettent de soutenir les pôles d’excellence, qu’elles participent de la lutte contre les îlots de chaleur et de la réflexion sur l’espace public... n’est pas non plus négligeable ! Souhaitons que les initiatives se multiplient.

 

 

Brillet Lelièvre, Limoges, céramique, un pour cent (Bordeaux)

Limoges imprime son identité dans l’espace urbain

En 2016, la ville de Limoges a eu recours à la commande artistique pour créer un jalonnement céramique dans son centre-ville. L’objectif était clair et ambitieux : créer du lien entre les quartiers et leurs habitants, en offrant des espaces publics agréables et propices à l’échange, tout en valorisant les savoirs-faire de la ville dans les arts du feu.

C’est un très beau projet qui a été retenu, du designer Florian Brillet et du plasticien Nicolas Lelièvre. Il est inspiré du Kintsugi japonais - littéralement "jointure en or" - qui utilise l’or comme matériaux pour réparer la porcelaine cassée.

Par glissement de sens et d’échelle Florian Brillet et Nicolas Lelièvre ont proposé d’utiliser la porcelaine pour engager une série de "réparations" dans l’espace urbain : reconstituer deux vasques disparues du jardin d’Orsay, refaire une balustrade place Fournier, remplacer deux vases au Musée des Beaux-arts, réparer le dallage à l’angle des rues Turgot et Dubouché, dupliquer deux chasse-roue rue de la Boucherie, réoccuper des niches de façade, reconstituer une corniche… Réalisées avec le concours de la manufacture de porcelaine Pierre Arquié, ces réparations seront recouvertes de "bleu de four", l’un des plus anciens, des plus robustes et prestigieux traitement de la porcelaine.

Avec ce projet, Limoges, capitale des arts du feu, ville créative de l’Unesco, démontre une nouvelle fois que la procédure de commande artistique est un véritable outil de politique publique, qui peut répondre à des objectifs d’aménagement de l’espace public, de valorisation du patrimoine, de soutien à la création contemporaine, aux savoirs-faire et à l’économie locale. Livraison prévue en 2019 !

 

 

un pour cent, ingénierie culturelle, Bordeaux

Walter De Maria

« The Lightning Field (1977), by the American sculptor Walter De Maria, is a work of Land Art situated in a remote area of the high desert of western New Mexico. It is comprised of 400 polished stainless steel poles installed in a grid array measuring one mile by one kilometer. The poles -- two inches in diameter and averaging 20 feet and 7½ inches in height -- are spaced 220 feet apart and have solid pointed tips that define a horizontal plane. A sculpture to be walked in as well as viewed, The Lightning Field is intended to be experienced over an extended period of time. A full experience of The Lightning Field does not depend upon the occurrence of lightning, and visitors are encouraged to spend as much time as possible in the field, especially during sunset and sunrise. In order to provide this opportunity, Dia offers overnight visits during the months of May through October. » Reservations.

 

 

design, un pour cent, Bordeaux

Design

Méconnaissance, contraintes d'aménagement, spécificité du recours à un mobilier technique, arguments économiques, contraintes normatives : les prétextes sont nombreux pour justifier le no-design en usage dans les collectivités lorsqu'il s'agit de meubler les administrations, les écoles, les hôpitaux. Les achats se font la plupart du temps dans le cadre de passations de marchés qui par habitude et facilité, conduisent à puiser dans des catalogues et à acheter par paquet des meubles de qualité médiocre. Les choses évoluent néanmoins. Les collectivités recommencent à penser aux Prouvé et Perriand d'aujourd'hui pour meubler leurs équipements et quelques-fois, pour soutenir les savoirs-faire et les entreprises de leurs territoires (réf. : « Design : le grand absent du collectif », Le Journal des Arts, n°326, mai-juin 2010).

 

 

Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, un pour cent, Bordeaux

Lacaton Vassal

« Nous sommes posés la question d'un projet d'aménagement à des fins d'embellissement. A quoi renvoie la notion d'"embellissement" ? S'agit-il de remplacer un matériau de sol par un autre, un banc en bois par un banc en pierre, au design plus actuel, ou un lampadaire par un autre plus à la mode ? Rien n’impose des changements trop importants. Ici, l'embellissement n'a pas lieu d'être. La qualité, le charme, la vie existent. La place est déjà belle. Comme projet, nous avons proposé de ne rien faire d'autre que des travaux d'entretien, simples et immédiats : refaire la grave du sol, nettoyer plus souvent, traiter les tilleuls, modifier légèrement la circulation… de façon à améliorer l'usage de la place et à satisfaire les habitants », Anne Lacaton & Jean-Philippe Vassal, Place Léon Aucoc, Bordeaux, 1996.

 

 

Elisabeth Ballet, un pour cent, Bordeaux

Elisabeth Ballet

« J’ai visité le site du Pot d’Etain à Pont-Audemer avant les travaux de réaménagement de la place. Beaucoup de voitures ne faisaient que passer sur la nationale, certaines venaient de la ville et se dispersaient vers les vallées et plateaux environnants ; d’autres cherchaient à se garer auprès des commerces. La ville s’était étendue de part et d’autre de la nationale comme si elle ne participait pas à ce flux de véhicules, le flux, lui-même, semblait ignorer la ville.

Je trouvais la situation générale et la circulation très chaotique : le réaménagement du carrefour a modifié ces échanges.Je recherchais une solution d’ensemble : poser une sculpture au milieu aurait ajouté à la confusion et créé un obstacle de plus.

C’est en examinant le plan de réaménagement du site que j’ai remarqué la présence d’un programme de modification des espaces piétons et automobiles qui a stimulé mon imagination et la pensée d’un travail au sol pour raccorder les éléments entre eux. J’avais pensé d’abord à une sorte de tissage », Elisabeth Ballet, Cha-Cha-Cha, Carrefour du pot d’Étain, Pont-Audemer, 2000.

 

 

Faïence Vieillard, un pour cent, Bordeaux

Faïencerie Vieillard

« Le service Chambre de commerce fut commandé à la faïencerie Vieillard afin d'encourager cette industrie bordelaise et de lui permettre de "faire figure" à l'Exposition organisée par la Société Philomatique en 1882. Le service prévu était de 120 couverts ; son prix de 10.000 francs payables en deux annuités : 5.000 en 1882, 5.000 en 1883.

Il fut livré 31 douzaines de grandes assiettes, 12 douzaines d'assiettes à potage, 18 douzaines d'assiettes à dessert, 4 saucières, 5 sucriers, 4 plats ronds, 8 plats ovales, 3 soupières, 2 plats à poisson, 4 légumiers, 22 salières, 2 grandes coupes, 4 candélabres, 1 grande corbeille du milieu, 20 assiettes à pied à fruits, 3 saladiers, 4 compotiers, 12 raviers, 7 compotiers hauts Henri II, 2 compotiers hauts Henri II.

On le voit ce service ne fut pas commandé par la Chambre simplement dans un but somptuaire, mais plutôt dans un but de propagande afin d'encourager une industrie bordelaise. » Extrait de Quelques notes sur la Faïencerie David Johnston-Vieillard, par Ed.-G Faure, président de la Chambre de commerce de Bordeaux (Bulletin de la Société archéologique de Bordeaux, 1930).